MOHAMED ET ABDENOUR, L’ESPOIR DES SANS-PAPIERS

Posted by: | Posted on: avril 19, 2013

Mohamed, tunisien, est sans-papiers. Abdenour, algérien, vient d’obtenir un permis de séjour. Tous deux font partie du Collectif sans-papiers 92 (CSP 92) et luttent depuis longtemps pour la régularisation des clandestins.

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Hossin, Mohamed et Abdenour (de g. à dr.) assistent tous les dimanches à l’assemblée générale du CSP 92, à Boulogne-Billancourt.

Chaque dimanche, à Boulogne (Hauts-de-Seine), Mohamed et Abdenour assistent à l’assemblée générale du Collectif sans-papiers 92. Ils sont parfaitement au courant des directives ministérielles, suivent les actions menées – occupations, manifestations, rassemblements –, font le bilan des régularisations arrachées à la préfecture.

Pour Mohamed, « obtenir la régularisation, c’est un miracle ».

Selon le ministère de l’Intérieur, 90 % des clandestins sont arrivés légalement sur le territoire français, l’illégalité de leur situation n’intervenant qu’après l’expiration de leur titre de séjour. Mohamed est arrivé de Tunisie le 5 septembre 2001, avec un visa d’affaires.

« Ce n’était pas facile d’avoir une tête d’arabe à ce moment-là ! », dit-il en riant.

Il ne souhaite pas retourner en Tunisie. Depuis 2005, il est hébergé chez « quelqu’un » à qui il paie une partie du loyer quand il le peut. Il se refuse à employer des moyens illégaux pour vivre en France. Et insiste sur les efforts fournis par tous pour s’intégrer le mieux possible dans la société française.

« J’ai 33 ans, cela fait douze ans que j’ai quitté mon pays, toute ma vie est ici, je n’ai plus rien ni personne là-bas. »

Mohamed a déjà été arrêté lors d’un contrôle de routine dans le métro. Après 48 heures de garde à vue, il a été envoyé dans le centre de rétention de Bobigny, où il est resté huit jours.

« On vit dans la crainte permanente d’un contrôle. On risque toujours une OQTF [Obligation de quitter le territoire français]. Heureusement, mon avocat a réussi à me faire libérer. »

Comme beaucoup de clandestins du collectif, Mohamed et Abdenour travaillent dans le bâtiment. Les sans-papiers occupent souvent les emplois sous-qualifiés que les Français n’acceptent pas : gros œuvre, nettoyage des trains, entretien des cuves des stations d’épuration et de certaines industries chimiques, etc. Les employeurs disposent avec eux d’une main d’œuvre corvéable à merci, dans l’impossibilité de se défendre et faiblement payée. Mohamed est indigné :

« On ne vit pas, on survit. Les patrons profitent de la situation. Ils nous embauchent souvent au noir pour ne pas payer les charges. Et en cas de contrôle, ils disent qu’on vient de commencer et qu’ils vont nous déclarer bientôt. Je ne paie pas d’impôt parce que mon salaire n’est pas assez important, mais je fais une déclaration chaque année. »

Le Collectif sans-papiers des Hauts-de-Seine est hébergé dans les locaux du Front de gauche, à Boulogne.

Le Collectif sans-papiers des Hauts-de-Seine est hébergé dans les locaux du Front de gauche, à Boulogne-Billancourt.

Abdenour, algérien, a 40 ans et vit en France depuis dix ans. Ouvrier du bâtiment, il a un contrat de travail. Il milite depuis longtemps au CSP 92. En 2008, il était parmi les six cents personnes qui occupaient l’église Saint-Paul à Nanterre ;quelques-unes avaient alors été régularisées. Abdenour n’a pas eu cette chance, mais il n’a pas baissé les bras. Après cinq demandes successives, toutes rejetées, il a fini par obtenir tout récemment un titre de séjour provisoire.

« C’était difficile. J’ai galéré pour avoir mes papiers. C’est grâce au collectif, grâce au rapport de force. Les rassemblements, les manifs. Sans ça je ne les aurais jamais eus. Un sans-papiers qui est dehors, qui n’a pas d’association, pas de collectif, ne sera jamais régularisé », dit encore Abdenour.

Mohamed, lui, a fait une première demande de régularisation, refusée par la préfecture. Sa deuxième demande, déposée il y a deux mois, est en cours de traitement. Il devrait obtenir une réponse d’ici deux mois, mais ne se fait pas d’illusions. La préfecture respecte rarement les quatre mois de délai officiel.

« Pour ma première demande, on m’a juste envoyé un refus par lettre recommandée. Personne n’est venu me voir ni n’a enquêté sur moi, on ne m’a pas convoqué à la préfecture. C’est du mépris. J’ai attendu neuf mois la réponse. Parfois, ça prend un an, un an et demi. Ils n’en ont rien à faire de nous. Ils ne nous respectent pas. Mais pour nous, impossible de passer outre les circulaires. C’est “zéro tolérance”. »

TEXTE ET PHOTOS : CLAIRE LABORDE

http://medialibre.info/3d/?p=201





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