vendredi, novembre 7th, 2014

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Posted by: | Posted on: novembre 7, 2014

Aide médicale pour les sans-papiers : vifs échanges à l’Assemblée

assemblee_5_0_afpLes députés de la majorité et de l’UMP se sont livrés jeudi à des échanges musclés autour du budget en hausse de l’Aide médicale d’Etat pour les sans-papiers, un dispositif qui selon les socialistes va évoluer prochainement.

Les crédits alloués à l’AME pour 2015, qui s’élèvent à 677,5 millions d’euros, soit une hausse de 12% par rapport à 2014 en raison de l’augmentation du nombre des bénéficiaires, ont été votés jeudi par l’Assemblée avec ceux de la mission santé dans le projet de budget de l’Etat.

L’aide médicale d’Etat « correspond à nos valeurs » et est « dans l’intérêt de tous » pour protéger la santé de l’ensemble de la population, a fait valoir la secrétaire d’État aux Droits des femmes, Pascale Boistard, qui représentait le gouvernement.

« Un système à bout de soufle », selon Goasguen

Mais l’UMP est montée au créneau pour dénoncer ce qu’elle a rebaptisé « aide médicale des immigrés clandestins », le député de Paris Claude Goasguen, qui se trouve être le rapporteur spécial sur ces crédits, dénonçant « un système à bout de souffle » souffrant de « difficultés de gestion », d’un manque de contrôles et aussi d’une « dissimulation ouverte des chiffres » selon lui.

Le gouvernement n’a à aucun moment jeudi indiqué le nombre de bénéficiaires. Il s’élevait fin 2013 à quelque 282.000, contre près de 216.000 en 2009, soit une hausse de 30% en quatre ans, selon le rapport de M. Goasguen, qui estime le coût réel à venir de l’AME en 2015 à plus d’un milliard d’euros.

Jean-Louis Touraine, rapporteur pour la commission des Affaires sociales, a annoncé une « adaptation » du dispositif de l’AME dans le cadre du projet de loi sur l’immigration qui devrait être à l’ordre du jour du Parlement au premier semestre 2015. « On analysera sereinement les conditions dans lesquelles les aides médicales peuvent être apportées sans être dévoyées », a-t-il déclaré.

Source : http://www.directmatin.fr/france/2014-11-06/aide-medicale-pour-les-sans-papiers-vifs-echanges-lassemblee-694309

Posted by: | Posted on: novembre 7, 2014

A Paris, les coiffeurs sans papiers du « 57 » échappent à l’expulsion

Jeudi 6 novembre, la nouvelle tant attendue est tombée pour les coiffeurs sans papiers qui occupent le 57 boulevard de Strasbourg depuis plus de trois mois : ils peuvent continuer à occuper le local et à se battre pour faire reconnaitre leurs droits. Suspendus à l’attente de cette décision, la journée de la veille a été particulièrement longue pour les grévistes.
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Assise sur le vieux matelas posé à même le carrelage du salon de coiffure, Precious, Nigériane de 29 ans, arrange sa coiffure à la hâte, les yeux encore ensommeillés. Cette nuit, c’était son tour de garde au « 57 », ancien salon « afro », boulevard de Strasbourg, dans le quartier de Château d’Eau, à Paris.

Precious et ses dix-sept collègues, dont quinze sont sans papiers, l’occupent jour et nuit depuis le 24 juillet. Sans relâche. Les murs à la peinture rose bonbon défraîchie et les miroirs tapissés de tracts de la CGT portent les stigmates de leur combat.

Camp de retranchement
Déjà cent jours depuis que les sèches-cheveux se sont tus, que les peignes ont arrêté de crêper et que les fauteuils au skaï déchiré n’accueillent plus de clients. Cent jours d’occupation.

Retranchée dans cet ancien lieu d’exploitation transformé en foyer, c’est désormais une grande famille recomposée qui cohabite. Joli pied de nez à l’ancien employeur, qui espérait monter les dix-huit coiffeurs les uns contre les autres. Selon une stratégie bien rodée dans le quartier, il les avait même recrutés de sorte que presque aucun d’eux ne parle la même langue.

Plus simple pour éviter que les salariés ne se liguent pour porter des revendications communes. « C’est raté, maintenant on ne fait tous qu’un », claironne Precious, avec un sourire de défi. De ces mauvais souvenirs ne reste que l’odeur méphitique des solvants de coiffure, tenace.

Visibilité médiatique à double tranchant
La coquette jeune femme n’a pas eu le temps de se remaquiller, déjà ses collègues passent la tête sous le rideau métallique et s’enquièrent de sa nuit. On prend place pour palabrer et chanter, au son d’une playlist R’n’B.

Le joyeux vacarme ne semble pas perturber le sommeil de Maïlyse, un an, en kangourou contre sa maman, Madina. On aime bien dire que « la petite » est née de cette lutte. On félicite Fatou, Ivoirienne de 42 ans, pour sa prestation sur le plateau de l’émission « C à vous » la veille. Tout le monde est d’accord : ses répliques ont fait mouche. Aminata et quelques autres, eux, sont passés toute la semaine sur France Inter, dans l’émission de Pascale Clark.

Pour les grévistes du « 57 », la visibilité médiatique a été à double tranchant. Tous, responsables de la CGT qui les soutiennent compris, font l’objet d’intimidations de plus en plus fréquentes dans le quartier, spécialisé dans les coiffures « afro » et les ongleries. Cette nuit encore, Daniel, Nigérian de 34 ans, cheveux lustrés et veste de costard noire, a été menacé de mort par un inconnu qui le harcèle au téléphone depuis des mois.
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« Qu’une étape de plus »
La longue bataille des dix-huit coiffeurs a commencé par une première grève, le 22 mai, pour protester contre des conditions de travail inhumaines. « On était illégalement payés à la tâche, pour 200 à 400 euros par mois, alors qu’on travaillait six à sept jours sur sept, de 9 heures à 23 heures, sans pause », résume Fatou, désormais rodée au récit de ce calvaire.

Mais difficile de se rebeller quand on n’a pas de papiers et que le patron menace d’appeler la police. En juin, avec l’aide de la CGT, les employés obtiennent enfin des contrats de travail, des vrais. La joie ne dure qu’un mois. Le 8 juillet, leur patron dépose le bilan. La liquidation judiciaire met un terme aux droits gagnés par la grève, les contrats de travail sont cassés. Les Cerfa – les formulaires administratifs qui avaient été signés par l’employeur en vue d’une régularisation – ne valent alors plus rien. En tout, les coiffeurs n’auront obtenu qu’une seule fiche de paie, quand la circulaire Valls de novembre 2012 requiert de la part des sans-papiers 8 mois travaillés en 2 ans pour espérer être régularisés.

Accompagnés par la CGT, les coiffeurs portent plainte en août contre leur employeur pour « traite d’êtres humains, travail dissimulé et faillite frauduleuse ». Dans la foulée, le syndicat écrit au préfet de police de Paris, requérant une « protection immédiate » pour les salariés, notamment par l’obtention d’un titre de séjour. Une revendication appuyée par l’engagement d’un collectif de cinéastes, qui écrit une lettre ouverte au gouvernement.

Lire aussi (édition abonnés) : Des cinéastes au secours des coiffeurs sans papiers

Sur les dix-huit grévistes, seules Mariam, Massandie et Aminata ont obtenu le précieux sésame, parce qu’elles sont mères d’enfants nés en France.

De l’enfer nigérian à l’Eldorado parisien
« On a risqué nos vies pour arriver jusque-là, alors on ne va pas baisser les bras maintenant », martèle Precious, poings sur les hanches, dans un élan pour remotiver les troupes. Son périple pour quitter l’« enfer » nigérian et rejoindre l’Eldorado parisien a commencé en 2008. Enceinte de sa première fille, elle traverse le Niger et la Libye avant d’embarquer en Méditerranée pour gagner l’île italienne de Lampedusa. Entre temps, elle s’est prostituée un an, à peine le temps nécessaire pour réunir les 65 000 euros que lui demandait sa passeuse. Puis il a fallu vivoter quatre ans en Italie en faisant la manche.

Alors, une fois en France, plus question de prostitution. Elle veut offrir une vie meilleure à ses trois enfants. Travailler dans un salon de coiffure lui semble être l’option la plus convenable, un emploi respectable même. Et tant pis si sa demande d’asile a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides à cause de son passage par Lampedusa. « Il y a bien d’autres recours, non ? », questionne-t-elle.

Un rêve commun : payer des impôts
Precious a fui la misère, comme d’autres ont fui la guerre ou les persécutions parce qu’ils n’avaient pas la bonne religion ou la bonne orientation sexuelle.

Mais quand il s’agit de parler de leur rêve, tous, de Fatou à Daniel, ont, peu ou prou, la même réponse, surprenante : pouvoir payer des impôts et commencer à cotiser pour préparer la retraite. « Ça voudrait dire qu’on est régularisés, qu’on est déclarés, qu’on est reconnus et respectés », murmure Fatou. « Ça voudrait dire qu’on travaille légalement et dans la dignité », embraie Daniel.

« On espère que les autorités françaises vont enfin s’engager à nos côtés, mais surtout, qu’elles vont prendre une décision rapidement, car cette situation ne peut plus durer », soupire Fatou. Car le compteur de la précarité tourne : certains viennent de voir leur demande d’asile refusée, d’autres n’auront bientôt plus droit à leur hébergement d’urgence.

Et puis, jeudi, la nouvelle est tombée. Elle est bonne : la magistrate a jugé qu’il n’y avait pas lieu à référé. « Ça veut dire pas d’expulsion ! », traduit Marilyne Poulain, émue. « Ça nous donne un sursis, ça nous permet d’avoir un peu plus de temps pour obtenir une protection des salariés et maintenir leur visibilité, estime la syndicaliste. Aujourd’hui, c’est une grande étape de franchie, maintenant il faut que l’Etat réagisse. »

Car le plus important reste encore à venir : la procédure ouverte au pénal pour faire reconnaître la « traite d’êtres humains », qui prendra du temps.

Source :http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/06/les-coiffeurs-sans-papiers-du-57-boulevard-de-strasbourg-ne-sont-pas-expulsables_4519678_3224.html