septembre, 2014

now browsing by month

 
Posted by: | Posted on: septembre 23, 2014

Omar Sy dans Samba veut «être proche des vrais sans-papiers»

PHO06ec5d98-423a-11e4-95d6-885642e19c9d-805x453Au micro d’Europe 1, l’acteur d’Intouchables revient sur son rôle d’immigré clandestin. L’acteur de 36 ans évoque un sujet «touchant», pour lequel il n’a pas hésité à changer ses habitudes.
Une nouvelle étape pour Omar Sy? Au micro d’Europe 1 ce lundi matin, l’acteur préféré des Français est revenu sur son prochain film, Samba. Encore sous la direction d’Éric Toledano et Oliver Nakache et aux côtés de Charlotte Gainsbourg, il se met dans la peau d’un jeune sans-papiers sénégalais luttant pour se faire une place en France. Comédie, drame ou comédie romantique? Pour lui, «c’est les trois à la fois. C’est un sujet compliqué.» Sans pour autant s’impliquer politiquement, le jeune père de famille a eu «envie de parler de l’histoire de cet homme au courage et à la détermination qui [le] touchent.» Il a même précisé: «Je porte un regard admiratif sur ce genre de personnes.»
Loin de ses débuts, Omar Sy a confessé: «Ce n’est pas un rôle comme les autres. C’est la première fois que je devais vraiment composer, aussi bien dans la démarche que la façon de bouger, la façon de me tenir.» Dans Samba, le compère de Fred Testot au SAV de Canal+ a désiré «être proche de la vérité et des vrais sans-papiers», d’où cet accent africain très prononcé. Contrairement à son habitude et à son rôle dans Intouchables, Omar a perdu ce «sourire dans la voix» qui le caractérise. Il n’oublie d’ailleurs pas le film qui a changé sa vie: «Il fait partie de moi comme mon opération de l’appendicite. Je lui dois beaucoup.»
Le duo de réalisateurs sait d’ailleurs qu’ils peuvent toujours faire appel à lui: «Éric et Olivier, je sais ce qu’ils sont capables de faire avec une idée, un scénario. Quitte à relever des défis, je préfère le faire avec eux.» Il s’est tout de même affranchi de ses deux amis pour faire son bonhomme de chemin outre-Atlantique. Alors qu’il portait la combinaison des X-Men cette année, il rencontrera le T-Rex de Steven Spielberg l’an prochain dans Jurassic World. Cet été, il se trouvait à l’affiche de Good People aux côtés de James Franco et Kate Hudson, où il interprétait un tueur à la recherche de son argent. L’époque du SAV est bien loin.

Source : http://www.lefigaro.fr/cinema/2014/09/22/03002-20140922ARTFIG00123-omar-sy-dans-samba-veut-etre-proche-des-vrais-sans-papiers.php

Posted by: | Posted on: septembre 22, 2014

Sans-papiers : l’enfermement n’est pas une solution

La machine à expulser a montré, cet été, l’étendue des drames et illégalités qu’elle était capable de générer. Entre juillet et août, elle a enfermé, puis libéré, près de 300 exilés d’Erythrée, d’Afghanistan et du Soudan fuyant des persécutions ou des zones de conflit. Elle a enfermé des familles avec enfants en bas âge pour faciliter leur expulsion. Elle a enfermé et tenté d’expulser une personne atteinte d’un cancer en stade avancé. Elle doit rendre compte de la mort par asphyxie d’une personne survenue lors de son transfert à l’aéroport…
A l’abri des regards et peu connue de l’opinion publique, la rétention administrative s’est, peu à peu, banalisée. Le nombre de places dans les centres de rétention a doublé en une décennie, passant de 969, en 2004, à plus de 1 800. Chaque année, la France enferme plus de 40 000 personnes dans ces «prisons» qui, nous dit-on, n’en sont pas, avec pourtant, leur lot de murs et barbelés, sas, verrous et portes closes, caméras de surveillance et cellules d’isolement. Alors que la rétention administrative devait, sous cette majorité, «redevenir l’exception», elle constitue toujours l’instrument majeur d’une politique d’éloignement violente et ravageuse. Pour les personnes étrangères, enfermées au seul motif qu’elles ne disposent pas des bons papiers, elle symbolise des lieux d’injustice et de désespoir. Le régime de la rétention administrative est toujours régi par la loi, particulièrement répressive, de juin 2011, si fortement décriée à l’époque par la majorité actuelle : une intervention tardive du juge des libertés et de la détention aboutissant à ce qu’en 2013, 60% des personnes expulsées l’ont été avant que son contrôle de légalité puisse s’exercer, une durée excessive de rétention à quarante-cinq jours alors que les personnes enfermées sont rarement expulsées au-delà des dix premiers jours, une parodie de justice quand les recours s’avèrent ineffectifs en outre-mer…

A ce cadre législatif inchangé s’ajoutent trop souvent des pratiques inutilement répressives de préfectures, qui enferment des personnes sans perspective réelle d’expulsion, des personnes en situation régulière dans des pays de l’espace Schengen ne faisant que transiter par la France, ou encore des personnes malades ou vulnérables comme des familles, dont la situation est, manifestement, incompatible avec un enfermement. Face à ces drames et à ces souffrances répétés, à ces humiliations, à ces illégalités, à ces absurdités parfois, dont l’été 2014 s’est fait le triste écho, que propose, en matière d’éloignement forcé, le projet de loi sur le droit au séjour des étrangers soumis au Conseil des ministres du 23 juillet ? Pas grand-chose malheureusement.

L’une des mesures phares porte sur une généralisation de l’assignation à résidence que le ministère de l’Intérieur présente comme, dorénavant, «la mesure de droit commun en matière de privation de liberté des étrangers». Soit, mais alors, pourquoi maintenir le même nombre de centres de rétention administrative ? Pourquoi prévoir le même nombre de places puisque le droit commun de référence ne sera plus l’enfermement ? A quand l’annonce d’une fermeture d’une partie de ces centres, conséquence logique d’un retour à l’exception ? Tout laisse à craindre que cette assignation à résidence-là, très contestable dans les conditions d’application et de contrôle envisagées (en légalisant notamment l’interpellation des personnes à leur domicile et dans les foyers d’hébergement), ne remplacera pas la rétention, mais s’y ajoutera, comme une mesure de plus de mise à l’écart des «indésirables».

Ce projet de loi ne prévoit pas, par ailleurs, de revenir sur les mesures les plus répressives de la loi Besson de juin 2011. Ainsi, continuer à expulser des personnes étrangères avant le contrôle juridictionnel du juge des libertés et de la détention ? Pas grave. Maintenir des durées d’enfermement disproportionnées, inutiles et traumatisantes ? Pas grave. Un droit dérogatoire en outre-mer, nettement défavorable aux étrangers ? Pas grave.

Depuis trente ans, l’enfermement des étrangers en France, en vue de leur expulsion, n’a cessé de se développer. Aucune véritable réflexion de fond ne remet en question le bien-fondé de cette politique. Aucune réflexion n’est portée sur l’atteinte à la dignité humaine que représente la privation de liberté d’hommes, de femmes et d’enfants, au seul motif qu’ils ne disposent pas des bons papiers administratifs, au seul motif qu’ils sont migrants, réfugiés, exilés, voire touristes. Le bilan est désastreux, il est plus que temps d’y réfléchir.

Jean-Claude MAS Secrétaire général de la Cimade

source :http://www.liberation.fr/societe/2014/09/21/sans-papiers-l-enfermement-n-est-pas-une-solution_1105457

Posted by: | Posted on: septembre 15, 2014

Sans-papiers : «L’Etat rappelé à son devoir de solidarité»

INTERVIEWS :
Un juge du tribunal de police de Saint-Etienne a relaxé ce mercredi matin un curé poursuivi pour avoir hébergé, dans son église, des demandeurs d’asile, malgré une interdiction de la mairie.
Gérard Riffard, curé stéphanois, risquait 12 000 euros d’amende pour avoir hébergé des sans-papiers dans son église, malgré une interdiction de la mairie. Il a été relaxé ce mercredi matin par un magistrat du tribunal de police de Saint-Etienne (Loire). Dans son jugement, le juge Henry Helfre se réfère notamment au Code de l’action sociale et des familles et à une décision du Conseil d’Etat de février 2012 «érig(eant) le droit à l’hébergement d’urgence au rang d’une liberté fondamentale». «Il est paradoxal que l’Etat poursuive aujourd’hui le père Riffard pour avoir fait ce qu’il aurait dû faire lui-même», écrit encore le magistrat, faisant encore valoir que si la puissance publique n’a pas les moyens de satisfaire la demande d’hébergement de sans-abri, elle doit déléguer ce devoir à toute personne morale ou physique en capacité de le faire.
Pour justifier son interdiction, la mairie de Saint-Etienne avait mis en avant le non-respect des normes de sécurité par Gérard Riffard dans la partie de l’église où sont hébergés ces étrangers. En réponse, le juge cite une directive européenne de janvier 2013 qui permet «d’assouplir les normes de sécurité» pour ce type d’accueil. Dès la décision de relaxe connue, le parquet de Saint-Etienne a annoncé sa décision de faire appel. Violaine Carrère, juriste au Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) et Pierre Henry, président de France terre d’asile commentent la décision du magistrat stéphanois.

VIOLAINE CARRÈRE : «UN TOUR TRÈS COMPLET DE CETTE AFFAIRE»
Que vous inspire ce jugement ?
Il est vachement bien ! Il justifie complètement l’action de ce curé. Mieux, le juge a fait le tour des aspects juridiques de cette affaire de façon très complète. Il ne s’est pas contenté des articles du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévus par la réforme Besson-Guéant [commencée par Eric Besson, alors ministre de l’Immigration, elle a été achevée par Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur, en 2012, ndlr] qui stipule que lorsqu’un étranger est en situation de nécessité, il est légitime de lui apporter une aide. Ce magistrat est allé chercher plus loin, dans le Code de l’action sociale et des familles ou une décision du Conseil d’Etat de février 2012 lorsqu’il invoque l’état de nécessité ou l’obligation faite à l’Etat d’héberger des sans-abri.

Ce jugement rappelant vertement ses obligations à l’Etat est-il une première ?
La réforme Besson-Guéant semble porter ses fruits. J’ai connaissance d’une affaire au Havre d’un citoyen poursuivi pour avoir aidé un étranger, qui a été relaxé par la cour d’appel. Concernant les occupations de lieux, on voit aussi des jugements sur des squats de bâtiments ou de terrains. Il s’agit en général de familles roms. Mettant en regard le droit de propriété et le droit de vivre en famille, les juges ont à plusieurs reprises considéré que le droit de propriété arrivait au second plan.

Le parquet a annoncé qu’il allait faire appel, qu’en pensez-vous ?
Je trouve cela assez étrange étant donné la motivation du jugement, je ne vois pas comment on pourrait revenir sur ce que le magistrat a mis en avant. Déjà, lorsque le représentant du parquet avait invoqué à l’audience «l’appel d’air en faveur des filières d’immigration clandestine [dont le père Riffard serait coupable, ndlr]», il s’était fondé sur des arguments politiques et pas juridiques.

PIERRE HENRY : «IL NE FAUT PAS QUE L’ETAT SE DÉSENGAGE»
Comment réagissez-vous à cette décision ?
Tout cela est très bien, et on ne peut que se réjouir que l’Etat soit rappelé à son devoir de solidarité. Il a une obligation d’hébergement inconditionnelle envers toute personne en situation de détresse même si elle est en situation irrégulière, mais il est largement défaillant.

Un point vous inquiète dans la décision du magistrat stéphanois ?
Au-delà du cas individuel, je me demande comment il faut regarder ce jugement parce que je ne voudrais pas qu’il ouvre la porte à un désengagement massif de l’Etat qui pourrait se dire, du coup, faisons appel à la générosité et à la solidarité publiques.

L’Etat est censé loger les demandeurs d’asile, ce qu’il ne fait pas compte tenu du manque de places en centre d’accueil (Cada). Pouvez-vous chiffrer ce manque ?
65 000 demandes d’asile sont déposées chaque année. Il y a 25 000 places en Cada. Mais comme la durée de la procédure de demande d’asile est de 18 mois, vous ne pouvez faire entrer que 15 000 sur les places de Cada chaque année. Le reste – 30 000 personnes – se débrouille avec les hébergements d’urgence : hôtels, rue et squats, avec des coûts qui au final sont très importants pour la collectivité.